Angry Nerd : The Hobbit

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Depuis quelques temps, je suis à la masse : je regarde moins de séries (je dois être un des rares à ne pas avoir piraté la saison 3 de Game of Thrones), je me bats pour lire péniblement des livres pourtant indispensables (La Horde du Contrevent, H2G2), j’attends au moins deux jours avant de lire les BD que j’achète et surtout, je ne vais plus au cinéma.

Cela n’a rien à voir avec le fait que, passé 26 ans, se faire un ciné revient à se faire violer le compte en banque. Ce n’est pas non plus parce que les salles de cinéma sont essentiellement fréquentées par des connards sans éducation (mais avec des smartphones lampes de poche). Ni parce que certains producteurs mal intentionnés continuent à adapter les romans de Stephenie Meyer.

Eteins ton putain de téléphone ducon !
Eteins ton putain de téléphone ducon !

J’aime le cinéma au cinéma, l’écran gigantesque, le son à la limite de l’explosion de tympan, les pubs et les bandes-annonces. Pour tout vous avouer, j’ai même dû enterrer des amis vivants après qu’ils m’aient filé une version screenée d’un film… Sacrilège !

Je n’ai pas mis les pieds au ciné depuis Skyfall, c’est tout.

Ceci dit, pour ne pas mourir idiot (le moins possible en tout cas), je me dois de temps en temps de rattraper ce retard. Et il se trouve qu’il y a peu, ma box m’offrait un film en VOD et que le Hobbit était survendu sur la page d’accueil. Comme je ne suis pas quelqu’un de particulièrement influençable, j’ai hésité au moins 8 secondes.

Et là, ce fut le drame !

Soyons clair : j’ai lu Bilbo le Hobbit vers l’âge de 10 ans. Quelques années plus tard, j’ai lu le Seigneur des Anneaux et j’ai adoré les adaptations de Jackson. La mise en image de l’univers de Tolkien m’a complètement convaincu, même (voire surtout) en version longue avec 26 heures de bonus. Malgré quelques rares choix contestables, quelques entorses au roman, Jackson et sa bande ont réussi à transformer un bouquin imbouffable en classique du cinéma. Chapeau bas, tout ça…

Je n’explique donc pas le foirage qu’est The Hobbit. Comment les même gens, jusque-là talentueux, ont pu pondre une improbabilité pareille ?

Au risque de perdre ma subjectivité propre à moi que j’ai, je n’ai pas pu m’empêcher d’aller voir les critiques sur Allociné ou IMDB. Au début, je n’ai pas compris l’engouement pour le film, les bonnes notes, les étoiles en pagaille et les critiques dithyrambiques, que ce soit de la presse spécialisée ou des spectateurs. Et puis, je me suis souvenu du phénomène Twilight (je vous invite à lire certaines critiques hautement argumentées, c’est édifiant). Et comme pour Twilight, je me suis retrouvé dans la majorité des critiques les plus dures. Alors soit je deviens un vieux con (ce qui est fort probable au demeurant), soit les gens perdent tout sens critique dès qu’on leur colle des lunettes 3D sur le nez (rappelez-vous Avatar)…

Car mettons-nous d’accord, la 3D n’est pas un argument quant à la qualité d’un film. Je ne sais pas ce que The Hobbit donnait en 3D, mais comme j’ai un a priori négatif sur ce que je considère de toute façon comme un gadget inutile et une arnaque à peine déguisée pour faire encore plus de cash, autant vous dire que ça m’en touche une sans faire bouger l’autre (©Jacques C.).

Rien à secouer de la 3D !
Rien à secouer de la 3D !

Alors oui, c’est beau. Même sur l’écran de ma télé, en 2D, la Nouvelle Zélande sous photoshop, ça envoie du pâté. Alors peut-être qu’au ciné, sur grand écran, l’objectivité est mise à mal par la beauté graphique du film (d’animation ?).

Si on ajoute une mention spéciale pour le très bon Martin Freeman (dans le rôle-titre) et pour la scène entre Bilbo et Golum (seule scène valable où la tension vous scotche à l’écran), j’en ai malheureusement fini avec les éléments positifs.

Aucun suspense, on sait que Bilbo s'en sort. Et pourtant, ça fonctionne !
Aucun suspense, on sait que Bilbo s’en sort. Et pourtant, ça fonctionne !

Je suis obligé de revenir sur le format choisi : 3 films de plus de deux heures pour adapter un roman de 300 pages. Déjà là, j’ai un problème. Avant de voir le film, j’ai entendu que Jackson voulait faire une vrai préquelle à sa trilogie, en ajoutant à l’histoire de Bilbo des éléments tirés d’autres écrits de Tolkien ou de passages absents de son adaptation du Seigneur des Anneaux. A l’époque, je me disais « pourquoi pas », aujourd’hui je me dis « what the fuck » (oui, j’ai appris l’anglais entre temps).

Le film n’est qu’une succession frénétique de scènes d’action qui n’ont parfois aucun lien entre elles, aucune justification, mais qui, surtout, n’ont aucune portée dramatique. Et pour cause, les personnages principaux sont tout juste nommés avant d’être mis en danger. Difficile dans ce cas de s’y attacher et de craindre pour leur vie (qui de toutes façons ne risque apparemment pas grand-chose vu ce qu’ils encaissent sans broncher).

Faisons un tour d’horizon :

  • Gandalf d’abord.
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« Wizardry rocks, bitches ! »

Alors là, les scénaristes comptent sur le fait que les spectateurs ont déjà vu le Seigneur des Anneaux. Sans ça, vous savez juste que c’est un magicien qui fait des feux d’artifice, qui invite ses potes nains chez un hobbit qui n’avait rien demandé, qui a manifestement un problème avec les jeux d’argent (et le jeu d’acteur, vu le piètre cabotinage de Ian McKellen), qui se révèle quand même surpuissant (genre mage-guerrier niveau 75) mais qui prend des décisions capitales au feeling.

  • Bilbo.
"Mais qu'est-ce que je fous là, sérieux ?"
« Mais qu’est-ce que je fous là, sérieux ? »

Même combat. On ne sait rien de lui si ce n’est qu’il se laisse envahir et convaincre facilement. Tout juste nous balance-t-on le nom « Touque » censé justifier le côté aventureux de Bilbo. Tant pis pour vous si vous n’avez pas lu le roman pour savoir qui sont les Touques.

  • Les nains.
Une belle bande de vainqueurs...
Une belle bande de vainqueurs…

Ah ah fucking ah ! Gimli doit se retourner dans sa tombe. Le nain du Seigneur des Anneaux réussissait à être la caution comique du film tout en étant méchamment badass. Les nains du Hobbit sont 13 blagues qui auraient eu leur place dans le premier Asterix de Zidi. Certains, comme le chef (Thorin) ou, pire encore, Kili-le-vampire-de Being Human, ont carrément oublié de passer par la case maquillage et ne ressemblent pas à des nains. Les autres sont des caricatures : gros nez, pilosité et coupe de cheveux improbables. On a même droit à Simplet.

simplet hobbit

Leur interminable présentation (dans laquelle on découvre que les nains sont envahissants, malpolis, mangent comme des porcs, rangent quand même leur bordel après coup, sont des ninjas de la vaisselle et chantent avec un air grave) ne vous laissera aucun souvenir de leur nom. De toute façon, sur les treize, seuls deux ou trois ont plus de deux lignes de texte ou plus de trois minutes à l’écran.

Là-dessus, balancez un méchant orc albinos sorti de nulle part, un magicien sorti d’un Disney, des gobelins moches, un roi gobelin encore plus laid (palme de la mort la plus ridicule), des araignées, des Trolls, des fantômes, un nécromancien, des elfes, des ouargues, des aigles, des géants-montagnes (palme de la scène du film la plus ajoutée-pour-faire joli-dans-un-film-en-3D-mais-qui-n’a-aucun-intérêt), Golum, Elrond, Galadriel, des bouts de dragon… Secouez le tout et choppez une bonne indigestion.

Le pire, c’est qu’il y a encore deux films derrière avec encore plus de dragon, plus d’araignées, plus d’elfes, plus d’orc albinos, plus de bataille épique…

Et le pire du pire, c’est que les gens vont adorer.

Angry Nerd : The Hobbit