Avec le temps, va…

L’autre jour, par un beau dimanche ensoleillé, je me suis enfermé dans le noir pour enfin voir la fin de la série Fringe.

Bon là, si vous êtes l’un des deux lecteurs assidus de ce blog, vous savez déjà que je vous embarque pour une intro de 1000 bornes.

1000 bornes

Pour ceux qui l’ignoreraient, Fringe est une série de J.J. Abrams (connu entre autres pour Alias, Lost, le reboot de Star Trek et le futur Star Wars avec Mickey) qui s’est conclu en janvier dernier après 5 saisons et 100 épisodes. Fringe, qui tire son nom du terme Fringe Science (la science marginale), c’est un peu le X-Files des années 2000 : des enquêteurs à lampes-torches, des phénomènes paranormaux, des complots à tiroirs, des méchants polymorphes (mais non-fumeurs)…

Fringe

Je n’en ferai pas de critique approfondie ici parce que 1) je risque d’être méchant avec une série qui fut très bonne à ses débuts et 2) ce n’est pas le sujet de ce billet.

Malgré tout, c’est le final de Fringe qui m’a poussé à pondre la diatribe (oui, quand je suis énervé, j’utilise des mots compliqués) qui va suivre et qui part d’un constat simple mais malheureux :

Hollywood doit arrêter de jouer avec le temps !

Le fait est que dès qu’un auteur essaie de jouer avec le « continuum espace-temps », il finit très souvent par se prendre les pieds dans le tapis de la causalité pour finir en face-plant dans le mur des paradoxes.

Je vous préviens tout de suite, si vous avez aimé Terminator, Retour vers le Futur ou Lost, bah moi aussi, ça tombe bien. Cependant, je vais spoiler à mort ces œuvres (et d’autres) et leur faire mal au scénario.

back-to-the-future-delorean

– LES POSTULATS –

J’aurais bien voulu faire mon beau et aligner tout plein de théories scientifiques bien touffues sur la vitesse de la lumière ou l’impossibilité du voyage rétrograde (ou, pour les plus cons d’entre vous, le voyage dans le passé), mais je me suis vite rendu compte que c’était chiant, qu’il fallait citer des astrophysiciens à moustache ou en fauteuil roulant et que Wikipedia n’est pas une source suffisante.

Du coup, je vais me contenter de vous lister les règles logiques qui rendent impossible tout scénario à base de DeLaurean.

Règle n°1 :

You do not talk about fight club !

 *

Règle n°2 :

You do not talk about fight club !

 *

Règle n°3 :

Toute cause entraine des conséquences.

Cause / Conséquence
Cause / Conséquence

Ca à l’air tout bête comme ça, mais un évènement (la cause) semblant dérisoire peut avoir des conséquences terribles. Ou du moins, inattendues.

Ex 1 : Je me rase ce matin : ma femme me trouve tout doux et décide de me faire l’amour comme une bête sauvage avant de partir bosser, ce qui me met en retard au boulot, ce qui entraine mon licenciement.

Ex 2 : je ne me rase pas ce matin : ma femme trouve que, comme d’habitude,  je ne fais aucun effort et part bosser en faisant la gueule, j’arrive à l’heure au boulot mais en rentrant m’a femme est partie avec ses affaires et le chien.

*

Règle n°4 :

Le voyage vers le futur est impossible à moins que tout soit prédestiné.

Si on reprend les exemples précédents, deux futurs sont possibles en fonction du choix de me raser ou pas. Donc :

– soit il y a un destin et le choix de me raser ne m’appartient pas. Le futur est écrit à l’avance, les voyages y sont envisageables et les prévisions de Paul le Poulpe s’expliquent enfin.

Si tu comprends cette référence, tu es vieux !
Si tu comprends cette référence, t’es vieux !

–  soit il n’y a pas de destin (mais ce que nous faisons). Une infinité de futurs est possible ce qui rend la balade pour le moins hasardeuse (pour ne pas dire carrément aléatoire, n’ayons pas peur des mots) faute de destination précise. Et les prévisions de Paco Rabane s’expliquent. Celles de Nostradamus aussi. Et celles d’Elisabeth Tessier… Et celles des mayas…

*

Règle n°5 :

Toute modification du passé entraine une modification du futur.

Bon, dit comme ça, c’est logique, mais c’est là la cause des paradoxes ou des univers parallèles.

  • Si on considère que le temps est une ligne droite, les balades temporelles entrainent des paradoxes.

Ex : Si je retourne dans le passé pour tuer mon père (ou ma mère, ne soyons pas misogyne) avant ma naissance, je ne suis donc pas né et ne peux donc être retourné dans le passé pour tuer mon père (ou ma mère, ne soyons pas misogyne) avant ma naissance. L’univers implose.

La parade est, ici encore, l’idée de destin. Quoi qu’il arrive tout est écrit. Je ne pourrais donc pas tuer mes géniteurs quoi que je tente et, au contraire, faciliterai peut-être leur rencontre (pendant un bal de promo dans les années 60 par exemple). Du coup, dans cette conception le temps fait plutôt des boucles.

  • Si on considère que le temps se dédouble à chaque modification, on se retrouve avec tout un tas d’univers parallèle plus ou moins rigolos-cheap comme dans Sliders.

*

Règle n°6 :

Le retour vers le futur est un poil compliqué

Se balader dans le passé c’est fun, mais encore faut-il penser à rentrer, y a école demain.

Sauf que si le futur est multiple, où/quand rentrer ? Dans le futur duquel on est parti et qui donc n’aura pas été modifié (super utile !) ou dans le futur modifié dans lequel on a pas sa place (histoire du monde et de sa propre vie modifiée, paradoxes, double de soi-même… un beau bordel)

Et même si le futur est une ligne droite à boucle (oui, je sais, l’image est pas hyper cohérente), si on rentre avant d’être parti, on risque fort de se croiser, créant ainsi un nouveau paradoxe.

Ex : je pars en 1969, pour voir Armstrong jouer de la trompette à vélo sur la Lune. Admettons, même si cela reste hautement improbable, que ma présence ne change rien au cours du temps. Si je retourne dans mon présent 5 minutes avant d’être parti pour pouvoir me raconter ce que j’ai vu, cela crée un nouveau paradoxe, l’univers fait « pouf » et disparait à nouveau dans un nuage de fumée.

Dans ce cas, le plus simple pour les neurones et le plus sûr pour l’univers est de revenir 5 minutes après son départ vers le passé, quitte à disparaitre pendant 5 minutes (ce qui pose d’autres problèmes j’en suis conscient mais ne compliquons pas un sujet déjà bien prise de gueule. Je vous félicite d’ailleurs d’être arrivé jusque-là sans exploser votre écran. Courage, plus qu’une règle et j’arrête).

*

Règle n°7

On ne peut pas influer directement sur sa propre existence

Quelle que soit la gueule du temps (ligne droite à boucle, ramification d’univers parallèles, roue, cylindre hélicoïdal, tortue des Galapagos, etc…), il est impossible d’être son propre ancêtre. Génétiquement, c’est dégueulasse !

fry_family_tree
Dégueu, je vous dis !

Entrons maintenant dans le vif du sujet. J’ai déjà prévenu pour les spoilers, alors faudra pas venir vous plaindre.

***

FRINGE TITLE

Il fallait que je revienne sur ce fameux final, cause de ce billet dans tous les futurs possible.

Fringe joue beaucoup avec le temps et les univers parallèles et on pourrait écrire des pages et des pages sur les incohérences des scénarii. La série étant ce qu’elle est, le mieux est encore d’en prendre son parti, de se préparer du pop-corn et de profiter.

Pourtant, le final m’a fait l’effet d’un gros foutage de gueule. Pire, d’une insulte à l’intelligence des fans de la série.

Il est difficile de résumer la dernière saison, mais ça donne à peu près ça :

Les méchants (les « Observers ») sont l’évolution de la race humaine. Grace à la technologie, la place des sentiments (qui ne servent à rien) dans leur cerveau a été peu à peu remplacé par de l’intelligence (éthiquement, ça pète !). Ils ont également acquis le pouvoir de se balader dans le temps.

FRINGE Observers Roam The Streets of New York

Ils utilisent d’abord ce pouvoir pour observer la race humaine dans le passé sans intervenir. Mais pour une raison qui reste obscure à mes yeux, ils finissent par envahir le passé et prendre le contrôle du monde en 2015.

Les gentils, qui ne sont pas d’accord, vont entrer en résistance (quitte à faire des choses pas jolies jolies).

Sauf que :

– Les Observers étant l’évolution de la race humaine, qu’est-ce qu’ils avaient besoin de venir nous emmerder dans le passé ? Un peu de patience et ils auraient contrôlé le monde de toute façon.

– Les Observers prennent le contrôle du monde avant l’évènement déclenchant leur « création » (en 2169). Il y a donc de forte chance pour que cet évènement ne se produise pas (à quoi bon créer quelque chose qui existe déjà) et que donc ils ne soient jamais créés et que donc ils ne puissent pas venir contrôler le monde etc… Paradoxe !

Déjà là, intellectuellement, ça me pose problème, mais admettons (futurs multiples, pop-corn tout ça…) !

Ce qui m’embête beaucoup plus c’est que le plan des gentils est d’empêcher l’invasion temporelle des Observers en faisant en sorte qu’ils ne soient jamais « créés »… et que ce plan finit par fonctionner.

Et là, c’est le drame : on a droit à un happy-end tout mielleux à base de gamine qui court vers papa sous l’œil attendri de maman !

final Fringe

Non seulement, je déteste les happy-end, mais en plus, celui-là est de la plus haute incohérence. Cette scène est en fait le moment précis de l’invasion, mais sans invasion. Le couple de héros peut donc vivre heureux avec leur fille.

Sauf que si on a suivi la série depuis le début, voilà ce qu’on sait :

– Dans les années 80, le père du héros (Walter) veut soigner son fils (Peter) atteint d’une maladie très grave, orpheline, dégénérative et mortelle.

– Sur le point de trouver le remède, Walter est dérangé par un Observer. Le remède est tout foiré.

– Fou de douleur, Walter fait un tour dans l’univers parallèle (dans Fringe, il n’y a qu’un univers parallèle…) et kidnappe le fils de son double (Walternate).

– Sa traversée provoque un déséquilibre entre les univers, et c’est de cet évènement que découle toute la série.

J’espère que vous voyez où je veux en venir : Sans Observer, Walter n’est pas dérangé : il sauve Peter et n’a donc pas besoin de traverser d’un univers à l’autre. Tous les évènements décris par la série n’ont donc pas lieu.

En faisant abstraction du (voire des moult) paradoxe(s), voilà la fin que Fringe aurait dû connaitre !

Alors, non, Peter n’aurait jamais rencontré Olivia, non, ils n’auraient pas eu d’enfant, mais ça aurait eu plus de gueule.

to be continued

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Avec le temps, va…